Immédiatement après la défaite subie lors de l’élection présidentielle de 2007, les socialistes avaient appelé à la refondation de leur parti et annoncé leur volonté de reconstruire un puissant parti d’opposition, réuni et rénové, doté d’un vrai projet de gauche. Deux années ont passé et non seulement le parti socialiste n’a pas avancé sur cette voie, mais il s’est même encore enfoncé.
Beaucoup de responsables du parti socialiste se sont éloignés, souvent pour rejoindre la majorité présidentielle, ou lui apporter son aide dans la courageuse politique de réforme qu’elle mène sous l’impulsion du Président de la République. C’est le cas aussi de nombre de ses militants, qui s’éloignent, collectivement comme ceux qui ont fondé le Parti de Gauche avec Mélenchon, ou individuellement comme ceux qui se contentent, déçus, écoeurés, de ne plus se manifester. Se sont éloignés aussi ses sympathisants et ses électeurs, comme l’a montrée la récente élection européenne, au cours de laquelle les socialistes sont passés de 30 à 16% des voix !
Cet affaiblissement, ce rétrécissement, n’ont pas atténué les divisions au sein d’un parti en miettes, plus déchiré que jamais entre les ambitions contradictoires et implacables d’Aubry, Royal, Delanoë, Hollande, Fabius, Hamon, Valls ou Moscovici, pour ne citer que celles qui s’expriment le plus ouvertement. Aucune coopération ne peut s’y exercer. Chacun n’agit que pour son intérêt personnel, dans le but d’être le mieux placé pour 2012 et cherche donc essentiellement à neutraliser et à contrer tous les autres. Aucun leader incontesté ne peut se dégager et se faire accepter dans le parti, d’autant moins qu’aucun d’entre eux, n’a l’envergure ou le talent de s’imposer sur la scène nationale.
Quand à la « rénovation » et au « projet » ! C’est le troisième échec du parti, le plus grave certainement et qui, pour une grande part, conditionne les deux autres.
Depuis 2007, aucun début de rénovation n’est intervenu, ni dans les méthodes ni dans les propositions. Et cela ne changera pas. Les socialistes n’ont aucune possibilité d’élaborer un projet novateur et réaliste. A cause de leurs divisions bien sûr mais surtout parce qu’ils sont pris dans un piège dont ils ne sortiront pas. Il n’y a pas place, face à la politique menée par Nicolas Sarkozy, pour un autre projet fondamentalement différent et pouvant alimenter une opposition de type « gouvernemental ».
Parti de gouvernement (ou du moins se considérant encore comme tel), le parti socialiste, ne peut, malgré son envie, adopter les positions de l’extrême gauche, ou se contenter des éructations populistes d’un Bayrou. Il est dans l’obligation pour être crédible, de présenter des propositions, un projet qui apparaisse cohérent, novateur et applicable. Or il n’y en n’a pas d’autre que celui de Sarkozy et de la majorité, ou du moins pas d’autre qui puisse apparaître comme une véritable alternative.
S’il confirme son abandon d’un projet « révolutionnaire », le PS doit se résoudre à accompagner la réponse de Sarkozy à la crise, à approuver ses principales réformes, à adopter ses grandes orientations. Son opposition ne pouvant alors se manifester que par une éventuelle contestation de l’ampleur, des modalités, du rythme des réformes, par un désaccord éventuel sur les méthodes et par quelques autres propositions marginales. Il n’y a pas d’autre voie sérieuse. Mais cela exigerait que, comme ailleurs en Europe, le Parti socialiste fasse le choix d’une opposition moins « théologique », moins brutale, moins frontale que celle qu’il adopte et à laquelle il ne veut manifestement pas renoncer. D’ailleurs, s’il le faisait, il perdrait immédiatement ses alliés de la gauche radicale dont il a un impératif besoin au second tour, pour avoir une chance d’être élu. Seule la voie de l’archaïsme, et du conservatisme flou paraît s’ouvrir devant lui, mais elle est sans issue.
Alors, pour lui point de salut. Il ne sortira pas du piège. Avec quelques hauts et beaucoup de bas, son déclin, inéluctable et sans doute plus rapide qu’on ne pouvait le penser il y a deux ans, se poursuivra. Il se transformera en une petite SFIO, en attendant qu’un vrai parti de gauche, réaliste, responsable et rassembleur vienne (en partie avec certains de ses membres actuels) le remplacer. C’est l’objectif de La Gauche Moderne.
Marc d’Héré
Mercredi 8 juillet 2009
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